L'histoire du Prieuré

Une fondation Grandmontaine datant du XIII siècle

L'Ordre de Grandmont : premiers pas


L’ordre de Grandmont est un ordre monastique catholique originaire du Limousin, fondé vers 1076 et dissous en 1772 et répandu de l’Angleterre à l’Espagne. Issu de l’érémitisme tout en y mêlant des traits cénobitiques, l’ordre est caractérisé par sa règle et la diffusion de son modèle architectural, conforme à la réforme grégorienne.

L'ordre doit son nom à un lieu-dit... le " Grand-mont "... Mais commençons par le début.
Etienne, vicomte de Thiers en Auvergne et sa femme Candide (ou Blanche?) étaient, dit-on, d’une piété remarquable. Ayant vécu dans le mariage de longues années sans avoir d’enfant, ils supplièrent Dieu, par leurs prières, leurs jeûnes et leurs aumônes, de leur en donner, Lui promettant que l’aîné serait consacré à son service.

Ils furent entendus et exaucés: un premier fils, qu’ils prénommèrent Etienne, naquit en 1044 dans le château de la vicomté de Thiers, bientôt suivi de deux autres.. A l’âge de douze ans, il partit avec son père en pèlerinage à Bari en Italie, pour y vénérer les reliques de saint Nicolas.

Le petit Etienne tomba malade lors de l’escale qu’il fit avec son père chez l’Archevêque Milon, de Bénévent en Calabre. L’ Archevêque aurait pris Etienne en affection et, pendant douze ans, l'aurait gardé auprès de lui pour faire son éducation . Le prélat l’aurait ordonné diacre puis archidiacre de son diocèse.

C’est près de Bénévent qu’Etienne aurait connu une communauté d’ermites (peut-être des Camaldules, dont l’ordre fut fondé à Camaldoli en Toscane en 1012) vivant de pauvreté et d’observance si régulière, qu’il décida d’adopter, plus tard pour lui, leur mode de vie.
Revenu à Thiers en 1075 pour rendre visite à ses parents , Etienne apprendra la mort de son protecteur à son retour en Italie en 1076. A Rome,  il aurait rencontré le pape Grégoire VII, l’ancien protecteur de Milon, pour obtenir son soutien dans son projet de vie érémitique.

Selon la tradition, de retour en Auvergne après la mort de ses parents, il aurait vendu ses biens et distribué l’argent aux pauvres. Il aurait ensuite abandonné à son oncle Guillaume son titre de vicomte et ses droits de succession sur la baronnie de Thiers.

Etienne se serait ensuite retiré dans les bois d’Ambazac au lieu-dit Muret, au nord-est de Limoges, après avoir cherché un lieu pour y vivre l’Évangile dans la prière et la solitude du ‘’désert‘’, à l’exemple des ermites qu’il avait vus en Calabre. 
Pour commencer cette nouvelle vie et n’ayant conservé de ses biens qu’un anneau, il fit seul sa profession religieuse, dans la forme où l’on pratiquait alors l’entrée en servage.
‘’ Moi, Etienne, je renonce au démon et à toutes ses pompes et je m’offre et me donne à Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, seul Dieu vrai vivant en trois personnes ’’. Il écrivit sa profession, la mit sur sa tête et ajouta : ‘’ Dieu tout puissant qui vivez éternellement et vivez seul en trois personnes, moi, frère Etienne, je promets de vous servir en cet ermitage en la foi catholique, en signe de quoi je pose cet écrit sur ma tête et je mets cet anneau à mon doigt, afin qu’à l’heure de ma mort, cette promesse solennelle me protège contre mes ennemis ‘’.
Pour terminer il se confia à Notre-Dame : ‘’ Sainte Vierge Marie, mère de Dieu, je recommande à votre fils et à vous-même, mon âme, mon corps, et mes sens ‘’.

Il résolut de ne jamais retourner dans le ‘’ monde ’’ pour quelque raison que ce fût. Selon la tradition, il aurait passé une première année, seul au milieu des bois. Il n’était troublé que par quelques bergers des environs qui, se recommandant à ses prières, lui apportaient du pain. Vivant dans une cabane faite de branchages et de feuillage et dormant à même le sol, il se nourrissait de fruits et de racines ainsi que du pain des bergers et il buvait l’eau d’une source voisine.

Pour faire pénitence, il portait en guise de cilice, sous sa robe de bure grossière, la même en hiver qu’en été, une cotte de maille à même la peau .
Rapidement, il fut rejoint par deux disciples touchés par sa sainteté et sa vertu, dont l’histoire n’a pas retenu les noms. Puis d’autres se joignirent à eux, formant ainsi une petite communauté d’ermites, où chacun vivait dans une cabane. Son enseignement de l'Évangile et la réputation de sa charité dépassèrent vite les limites du bois de Muret.

Bientôt, les visiteurs affluèrent pour rencontrer le vénérable Etienne. La communauté fit alors construire une église et des bâtiments pour se loger, sur un terrain donné par Amélius de Montcocu, seigneur de Rancon. L’église, dédiée à Notre-Dame comme toutes les futures églises grandmontaines, fut consacrée le 10 septembre 1112 par l’évêque de Limoges.

La vie des frères était particulièrement austère. En dehors des offices, ils observaient le silence. Ils jeûnaient très souvent. Subsistant d’aumônes, ils s’en remettaient avec confiance à la divine providence. Leur charité était grande car ils redistribuaient aux pauvres, le peu qu’ils avaient. De sorte que très vite le peuple les surnomma ‘’les bonhommes’’, surnom qui leur est resté par la suite.

De nombreux lieux-dits autour de leurs anciens prieurés, portent encore ce nom aujourd’hui. La réputation d’Etienne de Muret était si grande, que des légats pontificaux, le cardinal Grégoire (élu pape sous le nom d’innocent II en 1130) et le cardinal Pierleone (Pierre de Léon, le futur antipape Anaclète) vinrent le rencontrer fin janvier 1124, à leur retour du concile de Chartres. Ils lui demandèrent quel était son genre de vie. Sentant en lui un véritable homme de Dieu, ils s’entretinrent individuellement avec lui de ce qu’ils avaient de plus secret dans le cœur. Quelques jours plus tard, le 4 février 1124, Dieu révéla à Etienne que sa mort était proche. Etienne en profita pour insister auprès de ses disciples, sur la pauvreté et la mortification.

Etienne décéda le vendredi 8 février 1124 à l’âge de quatre-vingts ans, dans sa cinquantième année de profession. Il fut inhumé dans la petite chapelle de Muret. Les religieux ayant perdu leur pasteur s’assemblèrent alors pour élire l’un d’eux comme nouveau Prieur.

C’est Pierre de Limoges qui fut choisi. Le priorat de Pierre de Limoges fut marqué par le transfert de la petite communauté de Muret vers le site de Grandmont. Il faut dire qu’à cette époque, les hommes comme Etienne qui voulaient vivre l’Évangile plus intensément et qui, eux aussi, étaient rejoints par d’autres hommes désireux de mener ce genre de vie - n’étaient pas rares. Ils finissaient par former de petites communautés qui pouvaient attirer certaines convoitises. Les bénédictins notamment se sont livrés à cette façon de faire qui consistait à attirer ces petites communautés naissantes au sein de l’ordre et à en faire ainsi l’une de leurs fondations.

C’est probablement ce que les bénédictins d’Ambazac avaient en tête lorsqu’ils ont commencé à tourmenter les disciples d’Etienne quelques mois seulement après sa mort. Ils allèrent même jusqu'à prétendre que le terrain de Muret leur appartenait et menacèrent aussi les frères ermites de les chasser par la force. Ceux-ci, fidèles aux préceptes de leur pasteur, préférèrent quitter le lieu et se transportèrent au lieu-dit Grandmont sur la commune de Saint-Sylvestre.

Le seigneur du lieu, Amélius de Montcocu, leur donna tout le terrain qui leur était nécessaire pour y installer leur communauté d’ermites. En 1125, dès qu’un premier oratoire et des cellules furent construits à Grandmont, les frères de Muret, en cortège solennel, transportèrent le corps d’Etienne en ce nouveau lieu de prière. Installé à Grandmont sous la conduite de leur Prieur Pierre de Limoges, les frères reçurent de nombreux privilèges et concessions de la part des seigneurs locaux.

Ces libéralités leurs permirent d’agrandir le monastère pour y recevoir plus de frères. En outre, des maisons annexes furent créées dans les environs. Plusieurs existaient déjà du vivant de saint Etienne. C’est de cette façon, qu’est né le nom et l’ordre de « Grandmont »…

Source :Ermites de Grandmont auteur : keliannbx

ARCHITECTURE DES PRIEURÉS GRANDMONTAINS 

Il reste aujourd'hui en France environ cinquante prieurés qui conservent d'importants éléments d'architecture. Ceux-ci montrent de manière étonnante que les Grandmontains ont dû suivre des instructions exactes lors de la construction de leurs monastères. Pendant un siècle entier, l'ordre suivit avec beaucoup plus de ferveur que les Cisterciens un seul plan-type. Il fut réalisé dans le moindre détail par exemple en ordonnant le nombre de fenêtres de chaque salle du monastère. Toutefois, ce plan-type existait-il sur papier ou était-il transmis oralement ?

La disposition des bâtiments dans le monastère grandmontain varie peu. S'agit-il d'un plan-type classique de monastère bénédictin? Ou ce plan-type est-il propre aux Grandmontains ? D'un monastère grandmontain à un autre, quelques variations apparaissent. Comment ces variantes peuvent-elles s'expliquer ? S'agit-il de particularités régionales ou d'initiatives personnelles des travailleurs recrutés ? Existe-t-il des influences suprarégionales ?

La comparaison des motifs architecturaux des principaux ordres réformés montre une ressemblance étonnante et un même essai de simplification des formes que chez les Grandmontains. Mais aucun des autres ordres des XIe, XIIe ou XIIIe siècles n'a réussi à concrétiser un plan-type identique avec la même vigueur que les Grandmontains. Les ordres monastiques qui se rapprochèrent le plus de Grandmont dans ce souci de simplification furent les ordres de Vallombreuse en Italie, Artige et Chalais en France. Les ordres de Fontevrault et de Tiron furent fortement influencés par leurs régions et renouvelèrent souvent leurs monastères en les transformant en de grandes installations monumentales. Les Camaldules en Italie et les Chartreux développèrent un type propre. Malgré certaines variations dans le plan au sol, le plan-type est reconnaissable, notamment dans la régularité des formes. S'agissait-il d'un développement parallèle des formes ? Ou d'une influence directe de Grandmont ? Quels ordres furent les modèles des autres ordres ?

Tandis que les Camaldules et les Chartreux restèrent des ordres érémitiques, les autres ordres réformés conservèrent seulement par quelques aspects la vie érémitique dans leur architecture. Tous les ordres religieux ont notifié par écrit la forme de leurs monastères. La plupart suivirent scrupuleusement les directives qui s'apparentaient à des lois de construction. Les Cisterciens s'éloignèrent le plus de leur forme originelle, et ce sont pourtant ceux qui eurent le plus de directives architecturales au fil du temps. S'agissait-il donc davantage de critiques concrètes de monastères cisterciens existants que de réelles lois de constructions ?

L'étude de l'architecture de Grandmont apporte un nouvel éclairage non seulement sur l'ordre de Grandmont lui-même, mais également sur les ordres monastiques du Moyen-âge. Les spécialistes contemporains citent généralement les Cisterciens comme instigateurs de l'architecture monastique en Europe. Cette renommée architecturale semble être exagérée. L'idéal monastique de pauvreté a plus été respecté dans d'autres ordres, notamment dans celui de Grandmont. Sans vouloir rendre justice aux Grandmontains, cette étude ouvre de nouvelles perspectives dans la connaissance du monachisme européen.

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